Vendredi 2, Balaruc

Je ne pédale pas depuis une semaine et voilà que j’attrape un rhume. Je ne peux pas croire à un hasard. Arrêter le sport place mon corps dans une indolence que je n’aime pas.

Samedi 3, Balaruc

Émile n’arrête plus de peindre
Émile n’arrête plus de peindre

Dimanche 4, Balaruc

Je couve mon rhume et programme un aspirateur en Google Script pour extraire les emails de mon Gmail, à fin d’envoyer une newsletter annonçant la sortie de Mon père, ce tueur.

Mardi 6, Montpellier

Le temps s’efface, des riens ensevelissent les moments. Je me suis effondré sur une pelouse, à même l’herbe jaune trouée de terre. J’ai rendez-vous avec un couple d’Iraniens, rencontrés à Mashhad. Curieux de savoir comment ils se sentent dans le Midi depuis un an. L’envers de mon expérience floridienne, sans doute vécue de façon plus existentielle et déchirante pour eux.

Les Parisiens sont en vacances, les librairies somnolent, les journalistes littéraires sont supposés lire, je ne me demande à quelle sauce est en train d’être mijoté mon roman. Impossible de ne pas penser qu’il finira dans le bac à légumes au fond du frigidaire.

Je devrais me projeter vers l’avenir quoiqu’il arrive. Décider d’écrire telle ou telle chose et peu importe. J’aimerais avoir cette détermination, cette indépendance de pensée et d’action.

Le succès achète-t-il l’indépendance ? Je n’en suis même pas sûr. Si j’avais du succès, si j’aimais cet effet, j’aurais envie de réécrire un livre semblable au précédent, courant après moi-même.

En attendant, je peux changer de style à chaque livre, donnant peut-être l’impression que je cherche à réussir à tout prix, alors que j’obéis à mon indépendance naturelle.

« En attendant. » À mon âge, bien des auteurs anciens étaient des vieillards, ou déjà morts, ou en train de mourir. Moi, je me sens encore débutant, à peine armé pour affronter le monde.

Je dois encore avoir un peu de fièvre. Je ne suis pas lucide. Hier soir, le vélo ne m’a pas nettoyé des vestiges du rhume aussi radicalement que je l’ai souhaité. J’ai toujours eu des rêves de grandeur, du genre « si je gagne au loto », du genre « je ne fais rien pour qu’ils se réalisent » et je m’y abandonne néanmoins avec délectation.

Souvent, j’ouvre un livre, et je rêve plutôt que de le lire. Ou je ne lis qu’une phrase et me voilà parti en vadrouille. Le carnet est finalement une forme qui me convient, je peux tout y saisir dans le désordre de la survenue. François Bon a parlé « d’un grand brassage » au sujet de ces textes. Je brasse, embrasse, enserre dans mes bras les feuilles trop vieilles qui se craquellent et mêlent leurs essences.

Je n’ai jamais été un grand lecteur parce que je suis un rêveur. Dans les textes des autres, je pense, mais quand je commence à trop penser j’entre dans mes propres textes. Mes auteurs chéris me donnent à penser. Les adeptes du style pour le style voudraient que l’écriture soit physique, qu’elle touche au corps, moi je cherche les mots qui touchent à mes rêves. Pour le corps, je monte sur le vélo, je marche, je cours, je nage. Je connais plus puissant que la littérature pour l’immersion, même si la littérature est une simulation où vivre par procuration. Je préfère le rêve, c’est plus réel.

Mercredi 7, Balaruc

Endormi hier soir à 19 h. Le virus m’a lessivé. Me voilà le nez dans mes affaires de bikepacking.

Samedi 17, Maillardou

Rentré de mon trip à vélo, heureux, fatigué, avec envie de reprendre la route une fois mes forces reconstituées. Repense à mon roman qui sort dans moins d’une semaine alors que Franck Bouysse et la Manufacture de livres caracolent en tête des ventes.

Dimanche 18, Villeréal

En terrasse de café, avec autour un vide-grenier, étalage de merdouilles. Je suis fait pour le neuf, pour le nouveau, pour le moderne, pour le beau, lui seul capable de durer. Sur la place ne subsistent que les rebuts du temps.

Plus nous serions nombreux, plus nous produirions, plus nous augmenterions la richesse globale, et cela non linéairement, avec un effet amplificateur. Les théories sur l’épuisement des ressources oublient de prendre en compte cette extension démesurée de notre génie. Qu’une ressource vienne à disparaître, nous lui en trouvons une autre en substitution, pour peu que nous restions libres d’innover, de penser, de vivre, pour peu que les intégristes écologistes ne nous empêchent pas d’être humains.

Je respecte l’environnement autant que possible, je voyage à vélo de préférence à tout autre mode de locomotion, je mange bio, je respecte le monde comme je respecte mon corps, en ne fumant pas, en ne buvant pas, je le respecte comme je respecte mes semblables. Tout intégrisme est un non-respect, une façon de nier l’autre. Tant qu’il y a respect, il n’y a pas de danger.

Mardi 20, Maillardou

Un type que je connais, qui fait de la politique, assez riche, une trentaine d’appartements en location, vous voyez le genre, sur Facebook accuse le gouvernement de nous mettre à poil, de nous empêcher de faire le plein de nos voitures. Il continue cette logorrhée. Je lui fais remarquer qu’il est un peu gonflé de se ranger dans le camp des pauvres. Il prend mal ma remarque.

Mercredi 21, Maillardou

Première sortie vélo depuis le retour du raid, j’ai les jambes en plomb. J’ai passé mon temps à raconter notre voyage, Lionel racontant de son côté. Demain paraît Mon père, ce tueur, c’est le grand silence pour l’instant (et c’est flippant). Je suis en train d’envoyer un gros spam à mes contacts. Je m’autorise cette facétie tous les deux ou trois ans.

Jeudi 22, Maillardou

Un titre qui me tourne dans la tête depuis un mois, Morte dans l’amour, et le désir de plus en plus vif de l’écrire.


Depuis que j’ai connu un lancement de star avec J’ai débranché, je m’attends au même déchaînement médiatique à tout nouveau lancement, mais à moins d’être une star il ne se passe rien. Il faut de la patience pour toucher les lecteurs, autant que pour écrire, autant que pour publier. Le monde du livre prend son temps, et ce n’est peut-être pas plus mal, sauf que parfois il prend un tend infini et jamais ne nous rencontre.

Vendredi 23, Maillardou

Post-partum vélo et publication. Comment à nouveau me motiver moi-même ? Je ne sais pas être sans les autres. Je voudrais qu’ils m’aiment, mais je ne les aime pas assez. Ils le sentent.

Biron, sortie route avec les cousins
Biron, sortie route avec les cousins

Dimanche 25, Villeneuve-sur-Lot

Aux urgences après une gamelle à VTT dans un sentier familier près de chez mes beaux-parents. Diagnostic : fracture du col du fémur droit. On va me transférer sur Montpellier où je serai opéré demain matin. J’oublie la rentrée littéraire, je ne pense qu’à ma famille, qu’à la beauté de la vie.

Aux urgences
Aux urgences

Lundi 26, Montpellier

Depuis ma chambre à la clinique
Depuis ma chambre à la clinique

Mardi 27, Montpellier

L’opération s’est bien déroulée, je raconte ma mésaventure, tout est sujet à littérature, surtout ma propre vie. Défilé des infirmières, adorables. Le kiné m’ordonne de me lever, sur ma jambe gauche. Me voilà monté sur déambulateur, demain initiation aux béquilles. Isa passe avec les enfants, tornade dans ma minuscule chambre. Lillian arrive et nous parlons des affres de la vie d’auteur. Puis débarque une copine médecin qui travaille à la clinique. J’ai une vie plus sociale que d’habitude.

Mercredi 28, Montpellier

« Appelé devenu tueur pendant la guerre d’Algérie, grand chasseur de gibier, Jim entretenait un climat de terreur chez lui. » Frédérique Roussel dans Libération au sujet de Mon père, ce tueur. Il me semble que c’était plus sournois, plus nuancé. Article de Frédérique où je découvre que nous sommes nombreux en cette rentrée à parler de nos familles pour le meilleur et pour le pire. Me voilà au chaud dans la catégorie : tragédie à la Festen.


J’ai écrit ma mésaventure, une trop longue entrée de journal pour la laisser dans le journal, un peu comme mes récits de vélo. L’écriture m’aide, quand j’écris je me sens immortel. Dès que je n’ai pas d’idée pour le lendemain, je doute. Il me faut quelque chose pour demain, pour affronter cette dernière journée à la clinique. J’ai la sensation de ne jamais effectuer les bons gestes. J’ai la trouille à chaque mouvement.

Jeudi 29, Montpellier

La Manufacture réédite Clouer l’ouest de Séverine Chevalier. Collection de fragments, écriture minimaliste qui procure de fortes sensations visuelles et corporelles. Un texte physique. Un texte qui joue avec la matérialité du lecteur. « ils ont peut-être six et quatre ans, le frère et le frère. Ils ont fait des conneries, ça c’est sûr. Le genre de conneries intolérables qui méritent sanction. (…) Il dit ah puisque c’est comme ça, prend deux cartouches dans le tiroir du buffet, et ouvre la porte qui découpe soudain le ciel noir. (…) Ils sont debout devant la cheminée à se faire brûler le dos par le feu et regarder le père qui fait trois pas dehors, arme et tire vers les arbres (…) il viendra plus nous faire chier, le Père Noël. » Je comprends pourquoi Séverine a lu d’un trait Mon père, ce tueur. Son texte me bouscule, me frappe, me prend comme une montagne russe, je hurle sans pouvoir m’en éjecter (moi qui me suis juré depuis longtemps de ne jamais plus monter dans ce genre de manèges).


Je végète, faute de mots, faute de lumière, faute de lucidité. D’habitude, dans ces moments, je saute sur mon vélo. Il me faut sauter sur mon clavier, mais un accident ne suffit pas à réveiller un désir tari.


J’aime les histoires vraies ou presque vraies, ou celles follement imaginaires, l’entre deux pseudo réaliste m’ennuie. Soit dire le réel, soit m’en éloigner très loin (ce pourquoi je ne suis pas très doué, mais ai-je essayé, une seule fois, One minute n’est-il pas encore trop réaliste ?). Raconter une pure fiction avec la même minutie que mes aventures à vélo ou que ma fracture, prendre le temps, détailler, sans crainte d’ennuyer.


J’ai une sorte de boule dans la gorge, ou c’est mon estomac qui m’envoie de mauvais signaux à force de devoir ingurgiter n’importe quoi. Poitrine comprimée, impression que je n’arrive plus à respirer en grand, mon corps s’entortille autour de la fracture. Mon chirurgien passe, me dit que je dois m’attendre à une chute de moral, après l’excitation de l’opération. « C’est toujours comme ça. » Je suis prévenu.


Rien pour me booster du côté de mon livre, les journalistes n’en parlent pas, ne s’y intéressent pas, c’est pratiquement une fin de non-recevoir. Je ne m’attendais pas qu’ils se mettent soudain à me louanger, reste que ça fait mal, peut-être pas autant qu’une fracture du fémur.

Vendredi 30, Montpellier

Après une chronique stimulante de François Médéline, je commence Le Seigneur des Porcheries de Tristan Egolf, qui attaque par une avalanche de mots comme souvent les Anglo-saxons savent en produire, c’est une sorte de tempête, ou plutôt de tornade avec le vent changeant sans cesse de direction, créant un magma qui peu à peu laisse place à des saveurs puissantes. François m’écrit au sujet de ce style magmatique : « Rabelais, Céline… savaient. » Exactement. J’aime cette grande famille des stylistes jubilatoires, tout en m’en tenant à distance respectueuse.

Vendredi 30, Balaruc

On me dit « Tu vas nous écrire un livre… », sauf que ce n’est pas aussi simple. Chez moi l’écriture s’accompagne de la plénitude physique et intellectuelle, voilà pourquoi depuis plus d’un an je n’écris pas de textes longs. J’ai bien le désir d’un texte, mais il implique une enquête, des rencontres, des voyages…

Je suis maintenant chez moi, face à moi-même, dans un espace beaucoup plus vaste que celui de la clinique, avec de la lumière, une vue, moins de bruits, le vent, les feuillages et l’eau, on ne peut pas rêver mieux pour une convalescence, mais la fracture n’a produit aucun miracle, elle ne m’a pas libéré de mes blocages.

J’aime raconter ce qui m’arrive par le détail, avec juste assez de recul pour en rire, prendre le temps de la narration, j’ai au fil des années perfectionné cette technique qui me semble a trouvé sa forme avec mes récits de vélo. Je sens que je peux entraîner les lecteurs, les empoter où je veux, pourquoi ne pas employer ce pouvoir pour les entraîner plus loin dans l’univers et le temps ?

Retour à la maison
Retour à la maison

Samedi 31, Balaruc

Je suis installé dans le bureau d’Isa, qui prolonge notre salon, une pièce parfaitement carrée, avec trois murs de verre. J’ai la tête dos à l’unique mur, percé d’une large porte à galandage, elle aussi en verre.

Sur ma droite, la baie vitrée sud-ouest s’ouvre sur la grande longueur de l’étang, avec le point jaune du phare au centre de cette vue, au-delà la ligne bleutée de la montagne d’Agde. L’hiver, quand l’air est limpide, on découvre les Pyrénées dans le lointain.

Devant moi, dans le prolongement de mes jambes, la baie vitrée nord-ouest révèle la rive de l’étang et, au travers d’une haie de camphriers, notre accès à l’eau, avec la tâche bleue de l’ancienne barque de mon père, en train de pourrir.

Sur ma droite, c’est notre jardin, avec les déjà vieilles balançoires des enfants, un coin de terre battue, un olivier, des lauriers-sauce.

Pour regagner le salon, la cuisine et surtout les toilettes, je dois monter deux marches. Hier, à l’arrivée, je n’osais pas les affronter seul avec mes béquilles. Cette nuit, j’ai dû me lancer. Ce matin, c’est déjà plus simple.

Cette convalescence me donne l’idée de la dépendance du grand âge, à cela prêt que j’ai encore un avenir. Parfois, un faux mouvement me provoque une douleur intense dans la hanche, le plus souvent je perçois un élancement presque doux, comme si je venais de pédaler ou de courir.

J’ai pris un antalgique hier soir, un autre dans la nuit. Ça travaille en moi, mon corps entre dans une nouvelle phase de la réparation. Je ne peux pas m’empêcher de compter les jours, surtout lorsque j’enchaîne durant dix minutes des contractions de la cuisse droite pour éviter de prendre trop vite en masse musculaire. Je croyais que ces exercices seraient faciles, ils impliquent un grand effort de volonté. Passer cinquante minutes par jour à contracter un muscle, c’est du pur masochisme.

Une douce brise marine me caresse. Elle traverse ma chambre aux deux baies vitrées ouvertes. Je suis dehors et dedans en même temps. Je vois le monde au loin s’agiter. Un nageur, des paddles, des pêcheurs, des voitures qui entrent ou sortent du village.

Dans mes textes de jeunesse, j’ai voulu décrire ces paysages, à distance, amener la littérature vers la peinture, ou un cinéma de plan fixe, avec peu à peu d’infimes changements. J’ai une fascination pour la contemplation. Quand j’arrive à regarder, à m’imprégner du monde, je suis heureux avec une intensité presque effrayante, parce que je sais que suivra une descente vers des états plus ordinaires.

Écrire me fait du bien, je ne pratique peut-être la littérature que comme thérapie, depuis toujours, et mon désir d’être lu, mon désir de montrer mes textes, serait donc une perversion, un désir obscur de me punir, de payer le coût de la jouissance par l’indifférence. L’écriture réparatrice, l’écriture thérapeutique, l’écriture qui me fait sentir vivre et être avec les autres parce qu’elle implique la possibilité d’un partage, un partage nécessaire, vital même, tant pis si son absence fait mal.

Depuis mon accident, j’ai passé beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, trop de temps, à guetter des réactions, à répondre, à entretenir la conversation. Je vis une convalescence du XXIe siècle. Raconter cette convalescence implique de raconter des échanges, qui malheureusement se limitent toujours aux mêmes paroles bienveillantes.

Je ne peux pas dire qu’elles ne me font pas du bien, mais il leur manque une forme de transcendance. Je n’ai eu qu’un commentaire négatif. Un inconnu me disant que je suis inconscient de faire du VTT à mon âge. Parce que je devrais rester reclus chez moi ? J’aurais pu tomber en allant acheter le pain à vélo. Je suis tombé à VTT, mais alors que j’étais sur un chemin ordinaire, un chemin sans difficulté, où j’ai entraîné mes enfants alors qu’ils n’avaient que six ans. J’ai demandé à l’inconnu s’il avait une voiture. Il m’a répondu que oui. Moi : « Voilà la véritable inconscience. » Il n’a même pas compris ce que je voulais dire. Pas davantage de transcendance dans cet échange. Au contraire, le net nous en éloigne trop souvent, il en nie même la possibilité.

Alors j’avale une bouffée de brise marine, avant qu’il ne fasse trop chaud et que je sois obligé d’abaisser les stores. Je baigne dans l’étang par la pensée, je vole dans les feuillages du jardin, je bouge par la magie des mots.


La convalescence ralentit la vie. 17 h. L’infirmier m’injecte ma dose quotidienne de Lovenox 4000, un anticoagulant pour éviter le risque de phlébite. Il me pince le gras du bide, y plante sa seringue, pousse le piston. Demain, il me piquera de l’autre côté. J’enchaîne mes dix minutes de contraction, les yeux rivés sur mon téléphone qui décompte les secondes. Contracter durant dix secondes, décontracter cinq secondes, recommencer.

Je lis, un peu de littérature, un peu de science, mon habituel mix. Qu’écrire sinon le détail de mon quotidien ? Des entrées maritimes voilent le soleil, tempèrent la moiteur d’une brise légère. Je me suis levé plusieurs fois, j’ai marché sur la terrasse, je négocie mieux les marches, les béquilles m’attaquent le creux des pouces. L’hélicoptère de l’hôpital passe au-dessus de la maison, une urgence plus sérieuse que la mienne.

J’ai la tentation de poser la question « quoi écrire ? » sur le Net. Je me fiche bien de la réponse, j’ai surtout envie de discuter, d’échanger, de faire passer le temps par des conversations futiles alors que j’ai l’occasion de plonger en moi-même, de travailler ma propre matière, de tenter une fois de plus de la rendre indifférente aux aléas extérieurs.

Une convalescence sans ordinateur, sans internet, sans TV, sans téléphone, sans médecine moderne. Après une chute de cheval, un col du fémur cassé m’aurait précipité dans l’infirmité.


Le soleil revient sur le soir, doux sur l’eau immobile. Un chien aboie, un autre lui répond, une moto, puis le silence, parce que le peu de vent éloigne les bruits de la route et ne laisse que ceux d’un goéland, ou un vague souffle, le ronronnement du monde.

Je saute de livre en livre, tous plus désespérant les uns que les autres, des livres pour répondre à un sentiment présent, des livres qui ne survivront guère à leur écriture, et qui ne me parlent pas parce que je n’appartiens pas à la même époque, je suis sois en avance, sois en retard, en tout cas pas là où se placent ces auteurs.

J’ai envie de douceur, comme le soleil de ce soir sur le silence d’un samedi soir de l’ultime fin août. Tout sera brouillé, malaxé, anéanti, inutile de le répéter, tenter d’élever chaque instant vers le beau, par l’écriture et la lecture. J’ai lu des livres lumineux quand j’étais jeune, des livres qui m’ont donné de l’espoir, des livres qui ont agrandi mon cœur et mes yeux.

Les auteurs noirs, mes contemporains, doivent être essentialistes. Ils dénoncent, ils montrent, comme s’ils trouvaient le gâchis injuste et priaient une quelconque divinité de leur venir en aide. Je ne vois de solution que dans l’art lui-même. Lire des textes scientifiques me donne davantage la pêche que lire la littérature contemporaine. Même si ces textes dénoncent la crise climatique, tout de suite après ils évoquent des solutions possibles, des idées folles qui m’emportent à l’autre bout de la galaxie.

Il y a pire comme chambre
Il y a pire comme chambre